Voyages en Psychanalyse, Christine de Chauvelin (2)
Voyages en psychanalyse, de Christine de Chauvelin, voila un bouquin que j'attendais ! (l'enseigne internet à qui je l'avais commandé était à cours de stocks... à moins qu'elle ne travaille en flux tendus... Hmmm... Ils ne se mouillent pas... Bref! Passons !)
C'est un recueil de nouvelles que j'ai eu plaisir à lire, partout : à la plage, au ptit déj, le soir, dans la salle d'attente... Je l'ai emmené partout avec moi. C'est un livre facile à lire : les nouvelles s'enchainent et ne se ressemblent pas. Ce qui est étonnant, c'est qu'en si peu de mots, je me trouvais vite absorbée par les identités, histoires et tourments de chacun... mais aussi leur mieux-être.
Le titre est bien choisi (comme je l'écrivais récemment, heureusement qu'elle n'a pas attendu mon aval pour l'éditer...hihi) : Voyages en psychanalyse : voyage parmi la diversité des individus, voyages dans le monde, dans les rêves, dans l'inconscient de chacun...
On se retrouve un peu témoin de ces séances d'analyse, à partager les questions et les émotions de cette Simone Sub, psychanalyste bel et bien humaine.
Petites anecdotes que j'ai aimé :
Dans la première nouvelle, l'analysant, l'"adorable Mister Smirthood" parcours le monde dans les hôtels les plus luxueux en écrivant des cartes postales à une femme aimée imaginaire... Madame Sub, et son silence bienveillant et une certaine tendresse, ne demande pas à quelle adresse il envoie ses cartes...
Dans la 2ème nouvelle, Solitelle, l'analysante va à ses séances avec son chien... Et la description de celui-ci m'a fait bien rire : "un bon gros ratier bien bâtard"... Et puis j'ai adoré la transformation de sa pulsion mortifère (à Solitelle, pas au chien!) en une pulsion de vie, pulsion créatrice...
"Ick: nouvelle chercheuse du 3ème millénaire"... Rêve qui fait échos avec mes passions, l'ethnologie, mes ex-projets futurs... Cette nouvelle décrit un paysage magnifique et des émotions très sensuelles, "primitives"... Je n'en dis pas plus, cela dévoilerait le supsens de cette nouvelle particulière.
"En hommage à Nirvane Smooth" m'a révoltée...
"Père où?" C'est fou comme l'esprit peut mèler mots, représentations... liens de cause à effet... Et faire surgir tout cela via un monde imaginaire...
"L'Homme" : le titre est bien chosi... Entendre "le mâle, brut et viril"... Il est décrit comme suit : "Il pose les deux mains sur ses cuisses largement écartées de part et d'autre d'un gros paquet moulé dans une jean tout neuf, sur un fauteuil en cuir glacé par la circonstance." ça m'a fait beaucoup rire !
Une fois, étant gamine et nageant sous l'eau à la piscine municipale, en sortant la tête hors de l'eau, je me retrouvais nez à nez avec un gros paquet dont le propriétaire velu était assis sur le bord... Et c'est exactement le terme que j'avais employé avec écoeurement pour raconter la situation à ma copine "gros paquet". j'en ris encore aujourd'hui...
Ce livre m' a interpelée sur le traitement de la psychose : par exemple, "Jim" est un analysant qui pense avoir 2 corps : l'un timide gringalet, par sûr de lui et parano, l'autre, beau et fort... à qui tout réussi.
Je ne savais pas que les psychoses pouvaient être traitées par la psychanalyse (que je croyais "réservée" aux névroses). Il me semble bien que Freud a écrit sur ce sujet pourtant... Mais étant fermée aux écrits de Freud actuellement, je n'ai pas approfondi cette question.
En lisant ce livre, j'ai constaté une vrai dicotomie entre les méthodes appliquées de la psychanalyse et de la psychiatrie (plus couramment employée il me semble pour la psychose...?).
La psychiatrie nie le délire et essaie "par tous les moyens" notamment médicamenteux de "guérir" la psychose, de supprimer les symptomes. Contrairement à cela, la psychanalyse va creuser et "trouver" l'origine du mal... Et pas forcément supprimer directement les symptomes. Madme Sub, la psychanalyste, via son silence bienveillant "entre" dans le délire du patient : elle donne une légitimité à cet individu, un droit d'exister, alors que la psychiatrie en tentant de supprimer les symptomes nie aussi l'existenciabilité (tiens, vla encore un nouveau mot pour Robert -oui, le ptit!-), c'est à dire, anihile ce qui le fait individu (un droit d'exister "différent") au profit d'une soi-disant normalité : les symptomes ont un sens pour son sujet, même inconscient, supprimer les symptomes ou nier la réalité de ses délires, c'est l'empécher de vivre.
Enfin, c'est facile à dire... J'imagine que la psychose met aussi en danger son sujet et son entourage parfois... Et la médiatisation de drames récents ne fait rien pour arranger cela. Mais peut-être que s'il y avait plus de personnel qualifié et à l'écoute dans les cliniques ou HP, il y aurait moins de traitements (abusifs parfois), plus de "guérisons", ou plus de "mieux-être". (Comme on dit, avec des "si", on mettrait Paris en bouteille...)
A travers Voyages en psychanalyse, Christine Chauvelin montre que la psychanalyse est un combat pour le droit à la différence, la psychanlyse redonne du sens à un apparent insensé, c'est un combat pour le droit de vivre mieux, d'exister.
Par Nikaya, Vendredi 7 Septembre 2007 à 17:15 GMT+2 dans Lectures et correlations (article, RSS)






